Les chapelles
Le mot « chapelle » viendrait de capella, désignant une boîte à reliques, bien qu’une chapelle n’en contienne pas nécessairement. Son caractère sacré est marqué par la présence d’une pierre d’autel consacrée par l’évêque.
Une autre origine : la « chape » de saint Martin de Tours, partagée avec un pauvre.
Les chapelles peuvent être soit intégrées dans les églises (autels latéraux), soit isolées dans les hameaux (chapelles rurales).
Fondation
La fondation d’une chapelle privée requiert l’accord de l’autorité épiscopale et fait l’objet d’un acte notarié. Le fondateur s’engage à construire, entretenir l’édifice et financer messes, aumônes, processions et embellissements, pour une durée déterminée ou non.
Le financement peut être versé en capital ou en rente issue de biens fonciers.
Types de fondations
- Collective : habitants, corporations ou émigrés.
- Associative : confréries religieuses.
- Privée : famille ou chef de famille.
Limites et contraintes
- Le recteur de la chapelle n’est pas toujours le curé de la paroisse.
- Le potentiel de revenus fluctue, pouvant réduire le nombre de messes.
- Les descendants ne poursuivent pas toujours les engagements.
- Les recteurs cherchent parfois à mieux rémunérer leur mission.
Les différents cultes :
Culte du saint titulaire
La fête patronale a lieu le jour du saint, avec célébration religieuse suivie d’une fête villageoise.
Messes pour les défunts et actions de grâces
Les fondations prévoient des messes pour le repos des âmes. Certaines chapelles sont érigées comme ex-voto.
Culte d’autres saints
« Le saint a lutté toute sa vie contre la tentation et le malin, et sorti victorieux de ses combats, est parvenu à l’illumination pour se fondre dans la divinité. Son rôle d’intercesseur auprès de Dieu est donc capitale pour les hommes car, il a vécu comme eux, les affres de l’existence. Il est choisi en fonction de son histoire, de son pouvoir et de sa renommée ». Antoine Troncy, notes sur les chapelles.
En cas d’épidémies, calamités , accidents , les familles se recueillaient spontanément auprès d’un saint spécifique à la cause.
Au quotidien, la porte étant toujours ouverte c’était un lieu de recueillement individuel .
L’architecture
Implantées sur terrain privé ou communal, les chapelles ont une emprise au sol rectangulaire avec chevet plat, ou arrondi avec un chevet en cul de four. Les chevets ne sont pas systématiquement orientés à l’Est. Construites en pierre locale et couvertes de lauzes, elles se distinguent des autres habitations rurales par leur façade principale recouverte d’un enduit coloré représentant le caractère sacré du bâtiment.
La chapelle rurale est un lieu de ferveur populaire, de fierté collective, autrefois accessible en permanence. À l’extérieur, un escalier facilite l’accès à la tribune où l’on entrepose le bien collectif (matériel incendie, brancard pour transporter les défunts, ou outillage pour l’eau).
Elle possède un petit clocher abritant une cloche, reliée à une corde qui peut être actionnée depuis la tribune ; la cloche, emblème suprême de protection des habitants, est également un moyen instantané de diffusion d’ information lorsqu’il y a danger, incendie, réjouissance, décès, guerre ou paix.
Le clocheton assez rustique, en bois ou en pierre, est embelli généralement par une croix ou un coq.
Actuellement sur le mur extérieur, côté droit de la porte, une petite plaque est apposée. Elle a été réalisée dans les années 1990 dans le cadre d’un programme de valorisation du bâti religieux, initié par le Parc National de la Vanoise. Mr Patrick Givelet, ancien maire de Peisey-Nancroix a été le chargé de mission pour cette opération. De nombreuses plaques font référence à la date de 1633, ce qui correspond à la première inspection des chapelles faite par l’archevêque lors de sa visite pastorale.
A l’extérieur ou à l’intérieur, se trouve un bénitier, soit lisse soit à godrons qui propose aux fidèles de l’eau bénite afin de se signer (faire le signe de croix) avant d’entrer.
Ameublement
Le chœur
Le chœur expose face à la porte d’entrée une structure en bois faisant fonction de retable ; suivant la richesse du donateur il s’affiche avec une facture baroque plus ou moins élaborée ou peut être réduit à un simple tableau peint.
Sur celui-ci, le saint titulaire occupe souvent la place centrale, avec une mise en scène qui rappelle sa vie ou son martyre. Il est généralement accompagné d’autres saints, d’anges et sur le haut du tableau de la Vierge ou de Dieu le Père ou de la Ste Trinité. Lorsque plusieurs personnages sont représentés dans un tableau, pour déterminer le patron il était coutume de placer un angelot au pied du saint. Les attributs du Saint titulaire ornent en priorité le devant d’autel.
Pour exprimer leur foi, leur reconnaissance ou marquer le souvenir d’un pèlerinage, les fidèles offrent diverses statues : Notre Dame de Lourdes, Notre Dame de la Salette, Notre Dame de la Garde, Notre Dame de Fourvière, Jeanne d’Arc. D’autres petits objets discrets font office d’ex-voto.
L’ornement et l’ameublement des chapelles : un certain nombre d’objets indispensables à la célébration des offices étaient contrôlés régulièrement par l’évêque lors des visites pastorales : un autel avec une pierre d’autel consacrée, un calice, des ornements pour la célébration (vêtements liturgiques), un missel, un canon, un parement pour le décor de l’autel, des candélabres, deux burettes, un crucifix d’autel.
Autrefois, souvent un coffre en bois était exposé pour la rémunération du prêtre, divisé parfois en deux compartiments (numéraire ou dons en nature).
Pour perpétrer le souvenir des soldats morts aux combats, leur nom, date et lieu de décès sont peints sur les murs, complétés parfois de leur photo.
La nef
La nef est généralement séparée du chœur par la table de communion ou par le chancel en bois, la poutre de gloire marque également le passage de l’ espace profane vers l’espace sacré.
A l’intérieur de certaines chapelles, des tableaux représentant les étapes de la crucifixion de Jésus-Christ sont généralement exposés sur les murs de la nef et ou sur la balustre de la tribune. Quatorze stations définissent ainsi le chemin de croix qui invite à la méditation. Une quinzième station, celle du tombeau vide avec l’espérance de la Résurrection est parfois ajoutée. À Montvalezan, la plupart sont signés Basset, imprimés à la fin du XIXème siècle à Paris.
Les chaises personnelles ou Prie-Dieu étaient utilisées auparavant dans l’église paroissiale. Elles ont été pour la plupart déplacées dans les chapelles rurales depuis que les bancs meublent l’église. Exclusivement utilisées par les femmes, elles sont très fonctionnelles : l’ assise abattante permet de s’assoir ; si on retourne la chaise, on soulève l’assise et on peut s’agenouiller, de façon confortable grâce au petit coussinet cloué à la base.
Le dessus de la chaise est personnalisé : souvent un décor artistique associe motifs religieux et initiales façonnés en marqueterie ou cloutés.
D’autres bancs rustiques en bois permettent l’agenouillement y compris dans la tribune, réservée aux hommes et aux adolescents.
Certaines chapelles disposent d’un confessionnal, pliant pour liberer de la place dans la nef.
Les tirettes
Système ingénieux permettant au prêtre de compter les communiants : sur la plaquette numérotée de 1 à 10 ou de 1 à 20, chaque personne voulant communier tire, au début de la messe une petite ficelle, et le prêtre lit le résultat, pour consacrer le nombre d’hosties nécessaires.
Les prières du soir
Au mois de mai, les mères se rassemblaient avec les enfants pour reciter le Rosaire et la litanie des Saints.
Entretien
Depuis la loi de séparation des Eglises et de l’Etat en 1905, les bâtiments religieux deviennent propriétés communales. L’usage du bien est affecté à la paroisse. Le procureur, le plus souvent un habitant du village, assume l’accueil et le petit entretien. Jusqu’en 1990 environ, les réparations sont assurées par les hommes du village selon leur savoir-faire.
Depuis la création de l’Association de sauvegarde des chapelles en 1993, des rénovations plus importantes sont réalisées, financées par des dons, par la commune de Montvalezan, avec parfois par des subventions départementales. La participation de bénévoles, la surveillance et l’entr’aide des habitants permettent également de maintenir ces édifices religieux en parfait état.